Bienvenue en 2026
Je vais ici formuler des vœux avec un profond sentiment d'optimisme et je retire quelques instants la technocritique et la politocritique qui ont tendance à voir les perspectives sous un angle plutôt négatif.
Je souhaite de tous mes vœux que cette année 2026 le monde se réconcilie avec le vivant, je ne parle pas ici d’un retour à l’âge de pierre ou à la lampe à huile.
Je nous souhaite moins de promesses technologiques et plus de discernement. Moins d’outils imposés par l’habitude ou la concurrence, plus de choix réfléchis, utiles, réparables.
Je nous souhaite un numérique à sa juste place : au service du lien, du soin, de la connaissance, et non de l’accélération permanente ou de la dépendance. Un numérique que l’on peut ralentir, éteindre et mieux comprendre.
Je nous souhaite de renoncer collectivement à ce qui encombre, plutôt que de culpabiliser individuellement. D’accepter des performances moindres quand elles libèrent du temps, des ressources et de l’attention.
Je nous souhaite des récits sobres, où le progrès ne se mesure pas en puissance ou en automatisation, mais en capacité à durer, à réparer et à faire ensemble.
Je nous souhaite une année où la technique redevient un moyen, et où nos valeurs — respect, solidarité, responsabilité — reprennent la première place.
Enfin, je nous souhaite le courage de regarder le réel sans anesthésie, sans nous réfugier dans un espoir abstrait qui promettrait que tout ira mieux sans que nous ayons à être pleinement présents. Accepter l’incertitude, les menaces diffuses, les transformations en cours — climatiques, technologiques, humaines — non comme une invitation au repli, mais comme une permission de vivre maintenant. Vivre avec lucidité, en apprenant, en s’adaptant quand c’est possible, en renonçant quand c’est nécessaire, sans attendre qu’un futur hypothétique vienne réparer ce qui nous inquiète aujourd’hui.
Et pour cette même année, je nous souhaite une forme de joie grave mais réelle : celle de prêter attention à ce qui est là, aux gestes simples, aux liens, au temps partagé, même — et surtout — dans un monde instable. S’impliquer sans se consumer, agir sans se laisser voler le présent par l’urgence permanente. Peut-être échouer davantage, peut-être accepter que certaines choses aillent mal, tout en continuant à aimer, apprendre, créer, transmettre. Si vivre est une expérience intéressante en ce moment, alors pour 2026, je nous souhaite de ne pas la rater.
Personnes inspirantes :
Philippe Bihouix : ingénieur. Après avoir été l’un des premiers à alerter sur la pénurie à venir des métaux, il a été un pionnier en France de la low-tech. Lire l'interview de Philippe Bihouix à propos sur la sobriété systémique, la critique de l’inflation technologique et la nécessité de nouveaux récits.
Mo Gawdat : informaticien, entrepreneur et écrivain américain. Il fut directeur commercial de Google X, et l'auteur du livre La Formule du bonheur. Vous pouvez écouter son excellent podcast Slo Mo.
⚡ Liens en vrac
🤖 L'économie de la vidéo IA à faible effort se mondialise — et les utilisateurs en raffolent apparemment.
La société de montage vidéo Kapwing vient de publier une étude sur le contenu YouTube généré par l'IA, révélant que plus de 20 % des vidéos présentées aux nouveaux utilisateurs sont du « contenu de mauvaise qualité généré par l'IA » — les chaînes les plus populaires générant des milliards de vues et des millions de dollars de revenus publicitaires.
La théorie de la « mort d'Internet », selon laquelle le web est de plus en plus envahi par l'IA et les bots, est de plus en plus difficile à réfuter et s'étend désormais au secteur de la vidéo. Or, les données montrent que les utilisateurs, soit ne font pas la différence, soit sont eux-mêmes des bots, soit ne s'en soucient pas. Tant que le contenu de mauvaise qualité génère de l'engagement, la motivation à continuer d'en produire demeure.